Les anglicismes, ces faux ennemis

Une langue n’est pas un monument figé mais un organisme vivant. Elle respire, évolue et se transforme au contact des autres.

Au Moyen-Âge, les Français utilisaient une bougette, une petite bourse de cuir qui se dandinait à la ceinture des cavaliers au rythme de leur monture. La bougette a été empruntée par les Anglais pour devenir « budget », mot qu’ils nous ont rendu avec son sens financier actuel.

Ce va-et-vient linguistique n’est pas une exception, mais la règle.

Protéger une langue par la loi relève d’une vision statique du langage. C’est oublier que le français lui-même s’est construit par emprunts successifs. Les puristes s’inquiètent des anglicismes alors que l’anglais lui-même contient près de 60% de termes d’origine française ou latine.

Une langue se protège par l’amour qu’on lui porte, non par les lois qu’on lui impose.

Éduquer sur sa richesse, partager son patrimoine littéraire, cultiver sa diversité – voilà comment faire vivre une langue. La défendre uniquement par décret, c’est la traiter comme si elle était déjà morte.

S’opposer systématiquement aux emprunts à l’anglais, comme à d’autres langues, c’est confondre pureté et vitalité.

Protégeons notre langue assez pour qu’elle survive, pas trop pour qu’elle vive.

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